No. 54/3    septembre 2001

 

Internet et la musicologie
Quelques réflexions pour le siècle qui commence

par Vincent Arlettaz

 

La rapidité inégalable d'internet, sa très large diffusion et ses faibles coûts en font un moyen privilégié pour la publication des résultats des recherches scientifiques. Comme ses cousines les sciences exactes, et ses soeurs les sciences humaines, la musicologie a beaucoup à gagner à tirer profit de l'énorme potentiel de ce nouveau média; encore faut-il s'assurer d'en bien comprendre le fonctionnement, et de pouvoir l'adapter à nos besoins particuliers.

Pendant plus de 500 ans, l'imprimerie a fonctionné selon les mêmes principes, établis par Gutenberg au XVe siècle. Puis l'informatique est passée par là; en quelques dizaines d'années, la publication assistée par ordinateur (PAO) a pratiquement effacé le moindre vestige de la technique des caractères mobiles. De même, il n'y a pas besoin d'être devin pour prévoir que le développement récent du réseau internetvva modifier fondamentalement les procédures de diffusion de l'information. Cela est particulièrement vrai pour les publications à caractère scientifique - pour lesquelles ont d'ailleurs été mis au point une partie des éléments dont se compose l'internet actuel. Cette révolution, en cours depuis plusieurs années dans les sciences physico-mathématiques ou la médecine, n'a eu encore qu'un écho très faible dans le domaine particulier de la musicologie. Il faudra bien pourtant que nous y réfléchissions un jour nous aussi. Et le plus tôt ne sera pas forcément le moins bien!

En guise de préambule, peut-être n'est-il pas superflu de revenir en quelques mots sur la naissance de cette nouvelle technologie, mais aussi sur l'histoire des méthodes utilisées jusqu'ici pour la diffusion des travaux scientifiques.

 

Aux sources de la «toile»

Il peut être pénible d'avoir à admettre qu'internet, dont on commence à peine à entrevoir les riches possibilités pour la création littéraire et artistique, a son origine en des régions a priori peu poétiques, à savoir la dissuasion nucléaire.
C'est en effet dès les débuts de la guerre froide que le ministère américain de la Défense s'efforce de mettre en place un réseau d'ordinateurs reliés entre eux à distance, et dont la mission est de pouvoir transmettre en toutes circonstances des ordres de tirs de missiles. Baptisé «arpanet», ce premier réseau met en oeuvre un concept tout à fait révolutionnaire et complètement décentralisé, de manière à pouvoir rester opérationnel même au cas où le réseau câblé aurait été en grande partie détruit par les premières frappes ennemies. Concrètement, avant d'être envoyé, chaque message est découpé en petits «paquets» d'informations, qui sont acheminés à leur but par des voies aussi différentes qu'imprévisibles, l'ensemble étant reconstitué à l'arrivée.

C'est à cette contrainte de sécurité que le réseau internet doit aujourd'hui son caractère absolument décentralisé, c'est-à-dire en fin de compte ses étonnantes vertus démocratiques. C'est aussi cet aspect de son fonctionnement qui fait en grande partie sa magie, la prodigieuse fascination qu'il exerce. Il reste en effet toujours difficile de se représenter concrètement comment ces segments de messages, se faufilant dans les espaces libres du réseau, transitent par la Norvège, la Louisiane ou Israël avant d'arriver à bon port, c'est-à-dire peut-être pour aller de Morges à Territet!

Un enfant du nucléaire

Deuxième élément constitutif essentiel d'internet, le «langage hypertexte» (en anglais: «Hypertext Markup Language», ou «html») a été mis au point par des chercheurs du Centre Européen pour la Recherche Nucléaire à Genève (CERN). D'une certaine manière, il s'agit d'un système analogue à ce qui se pratique depuis longtemps sous la forme de notes de références, placées le plus souvent en bas de page; mais avec une amélioration de taille: au lieu de ne donner que l'adresse du document cité en référence, le lien hypertexte permet d'aller le chercher automatiquement, et de l'afficher à l'écran de manière quasi instantanée.

Le procédé hypertexte représente non seulement une accélération spectaculaire de la circulation de l'information; c'est encore et surtout un moyen puissant pour structurer le réseau internet qui, il est vrai, paie ses avantages démocratiques par un inconvénient fâcheux: l'anarchie. C'est en tout cas sur le principe des liens hypertexte que se basent les seuls outils de recherche véritablement utiles pour l'internet à l'heure actuelle, que ce soient les répertoires ou les moteurs de recherche. Ces derniers ont fait aujourd'hui de grands progrès; mais il est souhaitable et probable qu'ils s'améliorent encore à l'avenir...

 

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