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N° 54/3   septembre 2001
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Rigoletto

aux arènes d'Avenches
 

© Marc-André Guex
 

Pour la septième année consécutive, les arènes gallo-romaines d'Avenches ont prêté leur cadre grandiose à la représentation d'un ouvrage lyrique, dans la plus pure tradition italienne. L'année de son centenaire, cette grande fête populaire ne pouvait évidemment pas échapper à Verdi. Encore le choix de Rigoletto, un opéra plutôt intimiste, pouvait-il paraître surprenant. Défi relevé par Patricia Panton et Sergio Fontana.
 

Les défis font avancer, dit-on. Le Festival d'Opéra d'Avenches l'a prouvé avec éclat cette année, en mettant sur pied un ouvrage a priori peu adapté au gigantisme des arènes romaines: Rigoletto de Giuseppe Verdi.
Certes, «la donna è mobile» emporte l'adhésion où qu'elle soit chantée. Certes, cette partition est d'une force et d'une beauté au moins aussi grandes que celles de Nabucco ou Aïda. Mais il n'empêche qu'avec des choeurs très peu sollicités et un environnement scénique plutôt intimiste, la partie était loin d'être gagnée.
Année Verdi ou pas, il fallait une mise en scène irréprochable pour faire passer la chose auprès du public. Patricia Panton a relevé le défi, et les quelque 40'000 personnes qui se sont pressées cette année encore dans la cité du nord vaudois se sont régalées. Avec à la clé une belle part de féerie, et un bilan artistique flirtant avec les sommets.
 

Rigoletto en plein air?

Dès le lancement du projet, ses promoteurs clament à qui veut bien les entendre que «rien n'est impossible à l'extérieur, pour autant que l'on s'y prenne de manière adéquate». A ceux qui ne tolèrent sous les étoiles qu'Aïda et Nabucco, Patricia Panton répond en évoquant le succès immense du Barbier de Séville à Vérone, «un opéra beaucoup plus intimiste que Rigoletto».
Grand connaisseur d'opéra italien devant l'éternel, Sergio Fontana, directeur artistique de la manifestation, ajoute qu'«aucun des ouvrages joués à Vérone n'a été composé pour le plein air; ce qui ne les empêche pas de remporter un succès considérable».
Succès populaire à Avenches également, si l'on se penche sur les tabelles de fréquentation: 48'000 billets vendus pour les huit représentations d'Aïda, 52'000 pour celles de Nabucco... de quoi faire pâlir de jalousie les plus prestigieuses scènes de la planète!
 

Une idée de Saint-Saëns

L'idée originale revient à Camille Saint-Saëns, qui le premier a sorti l'opéra de ses murs - c'était à Béziers, à la fin du XIXe siècle. Il fut suivi quelques années plus tard par le ténor italien Zenatello, qui connut un triomphe en faisant entrer Aïda dans les arènes de Vérone, en 1913. Voilà pour la petite histoire.
Ce sont assurément les contraintes techniques qui causent le plus de soucis aux organisateurs de manifestations en plein air. «Les paramètres sont très différents de ceux d'une production sous toit», explique Patricia Panton. «L'espace scénique est gigantesque, il faut l'habiter en permanence pour ne pas perdre l'attention du spectateur; aucun changement rapide n'est possible, les décors sont fixes, et on est dans une certaine mesure limité dans ses mouvements.»
C'est peut-être à ce niveau-là que la nouvelle production avenchoise pèche le plus, notamment dans l'amorce du premier acte, particulièrement statique en raison d'un plateau frontal très étroit, ne permettant pas de grands mouvements de foule. Mais les magnifiques décors, les somptueux costumes, et surtout l'excellence du Sinfonietta de Lausanne, font rapidement oublier ces petites zones d'ombre.
 

Un palais romantique

Très classiques, les décors d'Alfredo Corno séduisent dès les premiers feux des projecteurs. Une ambiance de palais italien, romantique à souhait, avec une petite rivière au premier plan: de quoi faire vibrer les coeurs, déjà pris par la beauté du site et le charme immédiat de la musique de Verdi. Mais dans les coulisses, le concepteur tremble jusqu'à la dernière minute: «Il faut se méfier du vent comme de la peste, il peut tout emporter si un élément n'est pas bien arrimé.» Sans parler des éclairages, qu'il a fallu savamment moduler en fonction de l'heure de la tombée de la nuit, et des matériaux utilisés pour les décors, qui doivent impérativement résister à des conditions atmosphériques changeantes. Bref, rien n'a été laissé au hasard. On a senti, cette année plus encore que les précédentes, que les organisateurs d'Avenches sont conscients de toutes ces contraintes, et qu'ils font de leur mieux pour ne pas répéter les erreurs du passé.
 

Un Sinfonietta épatant

On l'a dit, la plus belle surprise de cette septième édition vient de la fosse. Le Sinfonietta de Lausanne, tenu de près par la baguette de Rico Saccani, est tout simplement époustouflant. Verve, précision, sensualité: rien ne manque à leur jeu. Mettant toutes leurs forces dans la bataille - la musique est aussi un art visuel - ils insufflent à la musique de Verdi toute la vie qu'elle réclame, sans tomber dans les excès de rubato caractéristiques de certaines phalanges italiennes. Les spectateurs qui se trouvent au sommet des gradins ont l'avantage de les entendre avec davantage de clarté que les occupants des premiers rangs. Un détail - étonnant pour beaucoup - à ne pas négliger lorsqu'on commande ses billets... Et de plus, la vue sur l'ensemble du site y est magnifique: comment résister à la magie d'un vol d'hirondelles, venant ajouter leur touche harmonieuse à la musique des hommes, lorsqu'on embrasse du regard un site aussi somptueux, sur fond de ciel rougissant?
 

L'année Verdi continue!

On ne manquera pas enfin de mentionner les excellents éclairages, qui donnent du relief à l'ensemble, sans pour autant sombrer dans le show hollywoodien: quelques touches scintillantes par-ci par-là, soulignant un objet, un changement d'atmosphère... Le tout très «classe», à l'instar de ce Rigoletto totalement surprenant. On souhaite que l'aventure continue sur cette lancée, notamment l'année prochaine, où Guillaume Tell et Tosca se partageront la vedette dans les arènes. Et pour ceux qui ne tiendraient pas jusque là, Aïda leur tend la main, en version de concert, début décembre à l'Aréna de Genève, avec une distribution triée sur le volet par Sergio Fontana. Extase assurée... mais sans les hirondelles!
 

Antonin Scherrer

 

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(page mise à jour le 6 janvier 2002)