No. 57/1    mars 2004

 

Michel Corboz jubilaire

par Vincent Arlettaz

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Le 15 février 2004, au Temple de Lutry près de Lausanne, l'Ensemble Vocal de Lausanne donnait rendez-vous à ses fidèles pour fêter le septantième anniversaire de son chef et fondateur, Michel Corboz. Quinze jours plus tôt, en clôture du dixième festival «La Folle Journée» de Nantes, les mêmes artistes proposaient une interprétation mémorable du Psaume 42 de Mendelssohn, «Wie der Hirsch schreit» -- un concert diffusé en direct par la chaîne télévisée franco-allemande Arte. Des moments de musique intenses, qui marquent symboliquement une étape importante pour le chef et pour son ensemble.

Michel Corboz est né en Gruyère le 14 février 1934. Dès le début des années 1960, il se fait connaître comme un des meilleurs chefs de choeur de Romandie; mais plus qu'à son pays, c'est à l'étranger qu'il devra la reconnaissance de son talent. L'histoire est bien connue: formé de quelques jeunes artistes remarquables, mais singulièrement dépourvu de moyens matériels, préparé, encadré, profilé par un jeune musicien à l'oreille exigeante et aux ambitions (quoi qu'il en dise) élevées, l'Ensemble Vocal de Lausanne sera révélé à sa propre valeur par la France. Dès le milieu des années 1960, il enregistre à une cadence soutenue pour la maison Erato, qui assurera longtemps sa promotion et même son financement. Des dizaines de disques forgent rapidement la réputation de l'ensemble et de son directeur; ce dernier sera très tôt engagé comme chef du choeur de la Fondation Gulbenkian de Lisbonne, une des institutions les plus prestigieuses du continent; un peu plus tard, il sera également nommé professeur au Conservatoire Supérieur de Genève. Des tournées internationales, de nombreux prix discographiques jalonneront la carrière de Michel Corboz, un parcours exceptionnel dans le contexte de la Suisse Romande, et dont le succès tient sans aucun doute à la rencontre de deux éléments fondamentaux: une tradition chorale enracinée de longue date, et un tempérament de musicien particulièrement intuitif.

 

La Romandie, terre de culture chorale

Si une grande partie de la Suisse Romande a été marquée par les rigueurs du calvinisme, qui bannit longtemps la musique de nos temples, elle n'a pas subi en revanche les ravages de la Révolution Française, qui porta un coup fatal aux chorales d'église. Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle en effet, les maîtrises françaises étaient réputées comme les meilleures au monde. Mais la confiscation des biens du clergé signa l'arrêt de mort de cette institution séculaire, privant les cathédrales des moyens financiers nécessaires à l'entretien de leurs ensembles musicaux. De ce coup terrible, la tradition chorale française ne s'est jamais entièrement remise. Certes, les sociétés d'amateurs au XIXe siècle (les «orphéons»), ou plus récemment des mouvements populaires comme «A choeur joie», ont oeuvré à la réhabilitation du chant choral en France. Plus près de nous encore, d'excellents ensembles professionnels ont montré que la France n'est pas une terre maudite pour l'art choral. Il n'en reste pas moins que le retard pris depuis deux siècles par rapport à des pays comme l'Allemagne, ou surtout l'Angleterre, n'a pas été totalement comblé. C'était encore plus le cas si l'on se reporte à l'époque où est apparu l'Ensemble Vocal de Lausanne. Il suffit de réécouter les disques parus en France vers 1960 pour voir la distance énorme qui séparait le choeur de Michel Corboz des ensembles français en concurrence sur le marché, en termes de couleur sonore, d'homogénéité des pupitres, de rondeur du son. La confiance accordée aux chanteurs suisses par Michel Garcin, directeur des disques Erato, ne peut dès lors guère étonner: aux portes mêmes de la France, un nouvel idéal choral était né, et était appelé à faire référence...

 

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