No. 57/2    juin 2004

 

Editorial

Ne tirez pas sur le MP3!

par Vincent Arlettaz

 

Ce n'est pas la première fois que notre illustre confrère français Diapason part en guerre contre le «MP3», qu'il accuse de n'être que le «fast-food du son»: «Avec le MP3, les données sont compressées et le son simplifié. [...] la restitution semble excellente, nette et pure. Malheureusement, c'est au détriment de la complexité des timbres, des nuances fines, du legato, de la cohérence et de l'émotion que comporte une interprétation».(1) Avouons notre perplexité à la lecture d'une telle critique: cela a à peu près autant de sens que de dire que l'on n'aime pas la télévision, parce que les écrans sont petits et en noir et blanc!

Car le MP3 n'est pas une qualité de son: c'est un format, qui supporte des taux de compression variables, allant du franchement inaudible à l'excellent -- qu'il est virtuellement impossible de distinguer d'un CD normal. Aujourd'hui déjà, pour celui qui dispose d'une connexion internet à haut débit (ADSL ou similaire), le MP3 permet de transféréer d'un bout à l'autre de la planète des musiques d'excellente qualité en temps réel. Personne n'a jamais prétendu que ce MP3 puisse faire office de référence au niveau de la haute fidélité. Mais cette diffusion, cette présence universelle qu'il met à notre portée, tout cela ne vaut-il pas quelques accommodements?

Plus encore qu'un format, le MP3 est donc un compromis. Dans quelques années, cela est plus que vraisemblable, nos connexions internet auront atteint des capacités bien plus élevées qu'aujourd'hui. La compression du son utilisera des méthodes encore plus affinées -- peut-être même ne sera-t-elle plus nécessaire du tout. En attendant ce grand jour, le MP3 est un pionnier. Il nous fait entrevoir ce que sera le monde de la musique de demain: un réseau planétaire, une sorte de grand bazar en ligne, où nous irons chercher les musiques qui nous feront rêver. Les fichiers que nous téléchargerons remplaceront dans plus d'un cas les disques que nous avions l'habitude d'acheter dans une boutique. Nous utiliserons peut-être moins nos voitures pour aller en ville, mais le choix sera vaste comme jamais, et les créateurs auront un accès libre et direct à cette plate-forme ouverte et démocratique. Pourquoi aurait-on peur d'une telle évolution?

1. Jean-Marie Piel, in: Diapason, mars 2004, page 5.

 

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