No. 60/1    mars 2007

 

Au bout de la baguette

La Chine

par Jérôme Baudin

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Pour fêter dignement ses 25 ans d'existence, le Sinfonietta de Lausanne -- l'orchestre des jeunes musiciens de l'arc lémanique -- s'est rendu en Chine pour une tournée de neuf concerts entre Noël et Nouvel An, à l'invitation d'une grande agence de Pékin. Au programme, un menu festif et éclectique, un tour d'Europe musical allant d'Offenbach à Rossini en passant par Bizet, Tchaikovsky, J. Strauss, Dvorák et Weber, destiné à satisfaire un public dont l'intérêt pour la musique occidentale ne cesse de croître. Une aventure inoubliable pour tous les participants, qui s'est terminée sur une note extrêmement positive, quand bien même l'organisation du périple a parfois viré au rocambolesque.

Le premier défi pour le Sinfonietta a consisté à réunir soixante-neuf musiciens et deux chefs d'orchestre disposés à se rendre dans l'Empire du Milieu pendant les fêtes de fin d'année. D'autant que le rythme de la tournée s'annonçait particulièrement soutenu: neuf concerts en neuf jours (le chiffre neuf est hautement symbolique pour les Chinois, puisque synonyme de chance et de longévité!) dans sept villes différentes, certaines étant distantes de plusieurs milliers de kilomètres! Le tempo était donné d'emblée. Un véritable marathon, dans des conditions parfois éprouvantes, qui a demandé beaucoup d'énergie aux musiciens lausannois, en raison de la fatigue, du décalage horaire et des retards inévitables dans les transports.
Déplacer un orchestre symphonique en Chine n'est pas chose facile, à commencer par les instruments. Chacun d'eux doit en effet posséder son propre certificat, non pas pour pouvoir entrer dans le pays mais surtout pour être certain d'en ressortir. Le Sinfonietta a ainsi voyagé avec une cinquantaine d'instruments, tandis que harpe, contrebasses et percussions ont été loués sur place. L'embarquement à Genève a donné le ton: les onze caisses contenant les violoncelles, les tubas et les trombones dépassent chacune 50 kilos. Une limite au-delà de laquelle, apprend-on avec stupeur, le transfert ne peut pas être garanti par la compagnie aérienne, mais est laissé au bon vouloir du personnel au sol. Celui-ci ayant décidé de faire parler sa fibre mélomane, les containers sont finalement chargés dans l'avion, au grand soulagement des musiciens, dont la bonne humeur ne faiblira pas tout au long des dix heures que dure le voyage jusqu'à Pékin. Il faut dire que nous sommes le 24 décembre, et fêter Noël dans un avion n'est pas chose anodine. Devant l'insistance de l'équipage, quelques instrumentistes improvisent un premier concert à dix mille mètres d'altitude...

 

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