No. 68/3    septembre 2015

 

Jean-Jacques Rapin (1932-2015)

par Vincent Arlettaz

Jean-Jacques Rapin © Laurent Dubois

© Laurent Dubois

 

Ancien directeur du Conservatoire de Lausanne, ancien président de notre revue, Jean-Jacques Rapin nous a quittés le 23 juillet dernier, à l'âge de 82 ans. Personnage incontournable de la vie culturelle vaudoise et romande, il anima, vivifia et fortifia un grand nombre de nos institutions, et oeuvra sans relâche à la promotion et la reconnaissance de la musique dans la Cité. Son héritage est inestimable.

 

S'il est une oeuvre de Jean-Jacques Rapin qui mérite d'être rappelée parmi toutes les autres, c'est très certainement «son» conservatoire: le bâtiment de la Rue de la Grotte numéro deux, à Lausanne, juste au-dessous de la Place Saint-François, en plein coeur du centre-ville; construit en 1909 dans le Jugendstil, pour les besoins des «Galeries du commerce», l'édifice fut entièrement rénové sous sa direction dans les années 1980 (par les architectes Jacques Longchamp et René Froidevaux) et inauguré en 1990. Aujourd'hui, un quart de siècle plus tard, le visiteur non averti pourrait facilement croire ce conservatoire neuf: non seulement les surfaces et les matières ne trahissent aucun signe d'usure, mais le style architectural lui-même a su rester d'une étonnante modernité. Atout incomparable dans le jeu actuel des Hautes écoles de musique romandes, ce vaisseau amiral, qui pourrait susciter la jalousie de nombreuses capitales européennes, reste un symbole fort de l'action de Jean-Jacques Rapin: s'inscrire dans la durée, et aller au fond des choses.

 

Racines paysannes

Sa force de caractère, son pouvoir de conviction, Jean-Jacques Rapin les tenait très certainement de ses origines paysannes: fils et petit-fils de cultivateurs, de meuniers et de boulangers, il naît à Vevey le 19 septembre 1932. S'initiant au violon dès l'âge de 13 ans, il chante également dans diverses chorales, notamment sous la direction de Robert Mermoud, à Chailly sur Clarens, où la famille a déménagé entre temps. Aîné d'une fratrie de deux garçons, Jean-Jacques, faute de moyens pour entreprendre des études longues, est dirigé vers le métier d'instituteur -- ce qui accentuera indéniablement son orientation musicale; il faut rappeler en effet que l'Ecole Normale d'instituteurs (qui n'existe plus, du moins plus sous cette forme) a joué depuis le XIXe siècle un rôle essentiel pour la promotion de la culture musicale dans la population vaudoise. Comme le rappelait Rapin lui-même, l'instituteur était alors considéré comme une autorité fondamentale dans chaque village, aux côtés du syndic (maire) et du pasteur. Or, la musique était très présente dans la formation des maîtres d'école primaire (les «régents», selon l'expression ancienne, que Rapin préférait): 420 heures de cours de musique leur étaient dispensées en quatre ans de formation -- soit près de trois heures hebdomadaires. Souvent chefs de choeur ou organistes, ces enseignants firent entrer la musique profondément dans les couches populaires. Ansermet lui-même n'aurait-il pas affirmé que, sans l'existence d'un terreau musical aussi riche, le développement d'un ensemble symphonique de haut niveau aurait été impossible en Romandie? Aujourd'hui, la musique n'a plus une telle importance dans l'organisation des cours de la Haute Ecole Pédagogique (HEP) qui a pris peu ou prou la place de l'Ecole Normale dès 2002. Mais l'effet à long terme de cette irrigation première se fait encore et toujours sentir...

 

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Revue Musicale de Suisse Romande septembre 2015

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(page mise à jour le 9 octobre 2015)