No. 69/2    juin 2016

 

Dessine-moi un

Festival

Par Vincent Arlettaz

Cappella Amsterdam, Daniel Reuss

Cappella Amsterdam. Au centre, Daniel Reuss. © dr

 

Le public mélomane aurait-il donc vécu récemment au-dessus de ses moyens? Depuis quelques décennies, nous nous sommes habitués à trouver un festival dans le moindre château, au bord du moindre lac, dans la moindre chapelle isolée... Ne serait-ce donc là qu'un luxe, appelé à s'évanouir dans les temps qui viennent? C'est ce que pourrait suggérer l'exemple de nos voisins français, qui subissent aujourd'hui de plein fouet la baisse des aides étatiques: comme les conservatoires, les festivals sont durement touchés, qui meurent par dizaines. La situation n'est certainement pas aussi dramatique en Suisse romande; mais sans doute n'est-il pas exagéré de placer toutes nos forces en alerte. Petit tour d'horizon circumlémanique...

 

Au pays des festivals, il y a les excentriques, les transversaux, les embourgeoisés, les innovants... et puis il y a les vétérans. Tel le Septembre Musical de Montreux et Vevey, qui souffle cette année 70 bougies! Magnifique longévité, qui n'exclut pas toutefois les états d'âme, les blessures même, et les cicatrices... Celles de 2002 sont encore vives: rappelons que le festival avait alors failli disparaître, suite à quelques années de programmation «baroqueuse» exagérément pointue, accompagnée d'une descente aux enfers budgétaire. Cette aventure -- mais aussi la naissance du festival au sortir de la Guerre, sa période de gloire des années 1960-1980, puis son repositionnement actuel sous la férule de Tobias Richter, également directeur de l'Opéra de Genève -- est rappelée par l'ouvrage commémoratif publié en ce mois de juin par Jean-François Monnard, chef d'orchestre et éditeur (notamment) des oeuvres orchestrales de Ravel. De nombreuses illustrations permettent au lecteur de se replonger dans l'atmosphère de centaines de concerts inoubliables, les annexes regorgent de noms de chefs, de solistes, d'oeuvres lyriques ou symphoniques entendues -- et pour certaines d'entre elles, réentendues -- dans les murs du Kursaal, du Palace, ou plus récemment de l'Auditorium Stravinsky. Le chapitre le plus émouvant reste toutefois certainement celui qui, sous la plume du regretté Karl Anton Rickenbacher, relate l'entreprise de sauvetage hautement risquée des années 2002-2004. Assurément, l'absence de festival classique sur la riviera vaudoise serait une perte inestimable, tant la région a de raisons de figurer sur la carte des grandes manifestations classiques -- ne serait-ce que pour le souvenir des figures immortelles qui ont séjourné ici, et qui, comme Stravinsky, Richard Strauss ou Tchaikovsky, y ont composé certains de leurs chefs-d'oeuvre. Train de vie quelque peu simplifié néanmoins que celui qui fut retrouvé après 2004: aujourd'hui, le budget du festival ne représente qu'un quart de celui de Verbier, un douzième même de l'intangible Lucerne -- avec qui pourtant, en son temps, Montreux pouvait rivaliser. Tempora mutantur... On se consolera en songeant que la salle elle-même (l'Auditorium Stravinsky), dont l'acoustique fut vilipendée pendant de trop longues années, ne semble plus aujourd'hui avoir d'ennemis trop sérieux. Et si les moyens manquent pour proposer une affiche aussi alléchante que jadis, cette sérénité retrouvée devrait permettre de rebâtir, lentement mais sûrement, un rendez-vous de premier rang. Deux orchestres se partageront l'affiche cette année: le Royal Philharmonic Orchestra de Londres qui, sous la baguette de Charles Dutoit -- tous deux de fidèles visiteurs --, nous proposera en trois soirées les trois grands ballets de Stravinsky (26-28 août). Martha Argerich, Daniil Trifonov ou Leonidas Kavakos complèteront le programme, qui comprend également une rare Deuxième symphonie de Wilhelm Furtwängler (28 août). Un autre orchestre, de jeunes celui-là, le Youth Orchestra of Bahia (Brésil), sera en résidence pendant la deuxième partie du festival (30 août-4 septembre), et des concerts seront également donnés dans d'autres salles, tel le Théâtre de Vevey, l'Hôtel des Trois Couronnes ou le Château de Chillon.

 

Musiques sacrées du monde

Autre jubilé: celui du Festival International de Musiques Sacrées de Fribourg qui, désormais bisannuel, célèbre en 2016 son trentième anniversaire. Depuis plusieurs années, le concept de sacré se décline ici au pluriel, et le festival fait une place importante à un métissage certes bien dans l'air du temps. Chanteurs sardes ou byzantins, luthistes berbères y côtoient plusieurs ensembles vocaux fribourgeois (au premier rang desquels, l'Ensemble Orlando). Viennent en outre s'y ajouter quelques groupes de haute renommée comme les Arts Florissants (dans un programme Sébastien de Brossard, dirigé par Paul Agnew, le 10 juillet), Il Giardino Armonico (avec la mezzo fribourgeoise Marie-Claude Chappuis, le 8 juillet), ou encore, dans une création de Thierry Escaich commandée par le festival, la Cappella Amsterdam (9 juillet) dirigée par Daniel Reuss (par ailleurs successeur de Michel Corboz à la tête de l'Ensemble Vocal de Lausanne depuis un an). Monteverdi, Gesualdo, Purcell, Oswald von Wolkenstein ou Wolfgang Rihm, entre autres, se partagent le reste de l'éclectique affiche...

 

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RMSR juin 2016

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(page mise à jour le 5 juillet 2016)