No. 60/2    juin 2007

 

Le Musée Baud à L'Auberson

L'automate dans tous ses états

par Vincent Arlettaz

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A quelques kilomètres de Sainte-Croix, le petit village de L'Auberson est également un haut lieu de la musique mécanique. Il faut savoir que dès l'origine, toute la région, dont l'habitat est très dispersé, a été mobilisée par l'industrie des boîtes à musique. Comme les horlogers de Genève, les fabricants de Sainte-Croix distribuaient alors le travail à une multitude d'ouvriers à domicile, dans le cadre d'une organisation, que l'on a pu qualifier de «pré-industrielle»: cultivateurs ou éleveurs de leur état, les artisans ne se consacraient à la production des boîtes à musique que pendant les périodes d'oisiveté forcée, notamment durant les longs mois d'hiver. Ils étaient fournis en pièces détachées par les fabricants ou «établisseurs», et considéraient cette activité comme un complément de leur revenu agricole. La main-d'oeuvre féminine, moins chère, était particulièrement sollicitée, et même les enfants étaient appelés à fournir leur participation. Ce système comportait de nombreux avantages pour les entreprises, qui réalisaient assurément des économies intéressantes en termes de locaux ou de transports; elles pouvaient également mieux contrôler une main-d'oeuvre ainsi disséminée, le manque de solidarité entre travailleurs les rendant très vulnérables aux baisses de salaire accompagnant les inévitables périodes de crise. Mais une telle organisation était également un frein à la rationalisation et à l'augmentation de la productivité; aussi les choses vont-elles changer, lentement mais sûrement: dès la fin du XIXe siècle, les premières véritables usines apparaissent, permettant la mécanisation et l'automatisation progressive des tâches. Et si les emplois à domicile furent surtout sacrifiés en grande quantité dans les années de crise autour de 1970 et 1980, en 1996, Reuge SA citait encore dans ses statistiques 20 employés à domicile, sur un total de 160.

Ces considérations nous amènent directement aux frères Baud qui, dans la droite ligne de la tradition, commencèrent par s'occuper conjointement du domaine agricole familial et d'un atelier de mécanique fine. Nous sommes alors à la veille de la seconde guerre mondiale. Bergers et faucheurs pendant une partie de l'année, Frédéric, Auguste et Robert Baud travaillent le reste du temps à restaurer de grandes pièces de musique -- qui ne sont plus produites depuis le début du siècle. Se faisant connaître loin à la ronde par la qualité de leur travail, ils peuvent progressivement abandonner le travail des champs. Leur passion les amène à s'intéresser également à tous les genres d'objets comportant de la musique mécanique, y compris les automates les plus variés. A une époque où les collectionneurs n'ont pas encore asséché le marché, les greniers sont riches en reliques intéressantes, dont le prix reste abordable. Peu à peu, l'idée fait son chemin d'exposer au public ces collections. En 1954 et 1955, les trois frères sont invités à montrer leurs plus belles pièces à Zurich et à Genève; de retour à L'Auberson, ils décident d'ouvrir un musée dans la grange et dans l'écurie, récemment libérées par l'abandon des activités agricoles...

 

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